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Full text : Les costumes populaires de la Turquie en 1873 : ouvrage publié sous le patronage de la Commission Impériale Ottomane pour l'Exposition Universelle de Vienne

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Flgure  2:  cavalier  chretien  de  hania.

Nous  venons  de  voir  le  bourgeois  sedentaire,  voici  maintenant  le  voyageur,  que
son  negoce  appelle  a  parcourir  la  Oete,  sinon  d’un  bout  ä  l’autre,  du  moins  dans  quelques-unes
  de  ses  localites  d’un  commerce  moins  sür  que  les  grandes  villes.
Necessairement,  c  est  un  cavalier.  On  ne  saurait,  en  effet,  frequenter  assiduemenjb
les  routes  montagneuses  de  la  Crete  en  simple  pieton.  D’ailleurs,  le  sentiment  de  la
dignite  qui  convient  a  un  gros  negociant  s  unit  au  soin  de  sa  securite  non  moins  qu  a
celui  de  sa  commodite,  pour  lui  commander  cette  allure.  S’il  plaisait  a  quelque  adelpki,
fait  qui  n’est  pas  rare,  de  pousser  un  peu  plus  loin  qu’il  ne  faut,  ä  son  egard,  les  consequences
  de  la  grande  loi  de  la  fraternite  humaine,  apres  avoir  essaye  de  sauver  sa  caisse
a  1  aide  de  sa  riebe  carabine  a  long  canon  arme  de  capucines  en  argent  repousse,  de
ses  pistolets  aux  pommeaux  et  aux  batteries  finement  ciseles,  de  son  yatoghcin,  chefd’oeuvre
  d’orfevrerie,  si  tout  cet  arsenal  restait  inutile,  comme  il  est,  lielas!  bien  probable, ­
  il  aurait  du  moins  la  supreme  ressource  des  quatre  jambes  de  son  cheval  pour  sauver ­
  sa  peau.
Pour  le  moment,  ce  danger  qui  n’a  rien  d’imminent  ne  l’effraie  pas.  Il  pose  cranement
  une  main  robuste  sur  la  poignee  de  son  yataghan,  tandis  qu'il  empoigne  vigoureusement
  de  l’autre  le  canon  de  son  arme  principale,  ce  fusil  a  silex  dont  les  voleurs
de  grand  chemin  rient  peut-etre  sous  cape;  mais  que  le  gibier  ä  poil  et  a  plumes  a
appris  a  ses  depens  a  respecter.  Sa  teste  est  coiffee  d’un  fez  moins  haut  que  celui  du  citadin
  et  d  un  tissu  plus  roide,  afin  que  le  vent  ou  le  galop  du  cheval  n’en  puissent  pas
deranger  l’harmonie.  Le  poids  d’un  puskul  enorme  n’y  dessine  pas  un  pli.  L’ensemble
de  sa  mise  est  leste,  gracieux  et  commode.  La  couleur  grise  v  domine  en  souveraine,
et  defie  les  injures  de  la  poussiere  du  chemin.  Un  djamadan  en  velours  rouge  ou  noir
se  montre  coquettement  par  l’ouverture  entrebaillee  du  yelek  passemente  de  laine  ou
de  soie  bleue,  et  garni  de  mille  boutons  destines  plutöt  a  l’ornement  qu’a  l’utilite.  Les
manches  du  mintan  repetent,  dans  leur  partie  ouverte,  pres  des  poignets,  cette  disposition
  elegante.  Le  chalvar  dessine  sur  ses  cuisses  et  sur  le  haut  de  ses  jambes  des  plis
souples,  disposes  de  maniere  ä  ne  gener  en  rien  ses  mouvements.  Enfin,  ses  bottes  molles, ­
  entierement  grises,  sont  lacees  avec  soin;  eiles  epousent  et  protegent  ses  formes,
qu’elles  font  valoir  par  leurs  piqüres  multipliees  et  leurs  dessins  capricieux.

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