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sous leurs tentes noires en tapis de poil de chevre tisse par leurs fernmes. Leurs che-
vaux attaches a des piquets, la haute seile sur le dos, les larges etriers de cuivre
dore pendant contre leurs flancs, paissent au milieu des beliers et des brebis, dans les
epais herbages oü leurs pieds s’enfoncent jusqu’aux jarrets.
Le cavalier Kurde porte un riehe costume. Quoique l’or et l’argent y soient peu
prodigues, l’ornementation en est magnifique. Son djubbe par dessus lequel sont passes
successivement, d’abord un yelek ä boutons noirs en forme de fleurs de eamomille, puis
un ichlik, veste ä manches larges et courtes, et enfin un tchepken a manches ouvertes
et pendantes, forment un ensemble de couleur rouge ou se deroule sur le fond uni du
drap une merveilleuse Serie de broderies de soie noire, commenqant ä partir du bas de
la jupe du djubbe pour ne se terminer qu’au coli et du tchepken.
De chaque cbte, deux roues a huit jantes partant d’un essieu en forme d’anemone
epanouie et s’arrondissant en arceau au bord du cercle, font jaillir de la courbe exte-
rieure qui les circonserit des ramifieations ingenieusement disposees de maniere a
former un oignon, d’oü s’elancent des jets hardis de feuillages qui se deploient en trois
branches principales tout le long du vetement. Une large passementerie les encadre, et
de cette bande se dirigent vers le motif principal, pour remplir les vides de la com-
position, des palmettes superposees dans tous les sens. Sur chaque piece du costume.
et modifie en proportion de la grandeur de cette piece, le meme motif se reproduit
avec la meme purete de lignes, le meme fini d’execution.
Une ceinture en moelleuse etoffe de coton blanc seinee de carreaux rouges, avec
une bordure de pompons blancs, Supporte le silahlik de cuir rouge a bords denteles
et passementes d’or, entre les feuillets duquel reposent les pistolets ä crosse d'argent.
a batterie damasquinee d’or. Les autres accessoires d’armes, brodes en or, y sont atta
ches par de minces lanieres. Un kilidj a la lame recourbee et aceree, sortant des meil-
leures fabriques d’Erzeroum, et orgueilleusement signee en incrustation de lettres d’or
par l'habile artisan qui l’a faite, se balance sur la handle gauche du cavalier Kurde,
dans son fourreau de maroquin noir ä garniture d’argent ciselo. La lame est em-
manchee dans une poignee de jade ä garde d’argent, maintenue par des clous ä
tete de rubis.
Le cavalier Kurde est coiffe d’un fez mou, entierement cache sous les yemeni, et
les mouchoirs blancs garnis de fleurs brodees en oya qui lui font une couronne plutot
qu’un turban. II est chausse de tchizme rouges, liautes et larges bottes a tiges plissees.