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En effet, rien d’exclusivement sacerdotal ne vient, dans ce costume, imposer au
troupeau orthodoxe d’une maniere trop nette, trop precise, trop imperative, des
marques exterieures de respect envers son ehef spirituel.
Sans doute il ne veut devoir qn a lui-meme, ä son merite personnel, des temoi-
gnages d’estime dont il s’efforce de se rendre digne.
Qu’il en soit reellement ainsi ou autrement, il n’en est pas moins vrai que le pretre
chretien de Skodra ressemble presque, par son habillement, au premier laique venu.
Un fez d'une couleur rouge, un peu plus foncee seulementque lateinte abandonnee
au commun des martyrs, remplace sur sa tete le kalpak traditiormel, et un puskul con-
venablement fourni de flots de soie bleue vient ajouter encore sa note particuliere
au concert mondain dans lequel tout le reste de son habillement fait sa partie.
Chemisejjde soie cuite, dite Leurundjuh, ä col elegamment renverse sur le dolama
sans manches ; yelek modestement croise sur la poitrine, il est vrai, mais un peu
bas, peut-etre; chcdvar d’etoffe lustree, ä mille plis,; ceinture de laine rouge, pleinement
justifiee au point de vue hygienique, mais n’ayant eertainement rien d’ascetique; bas
blancs soigneusement tires; yemeni, noirs le plus souvent, mais que rien n’empeche
d’etre rouges ou jaunes; djuhbe ä manches retroussees ä l’instar de la casaque des
mousquetaires fran(jais du temps de Louis XIII; tel est 1 ensemble d un costume
qui, ä ce qu’il semble, pourrait aussi bien etre celui d’un bon bourgeois arnaout
que celui d’un pretre.
PLANCHE XIV.
Figure 1: dame musulmane de skodra.
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Par un caprice bizarre, mais charmant, les dames musulmanes de Skodra sec
coiffent d’une sorte de casque en etoffe tissee d’or, surmonte d un tepelik en forme
d’aigrette, d’orfevrerie, qui se visse dans une epaisse plaque d argent dore, grave, re-
pousse et nielle. Cette coiffure, bordee sur le front d’une triple rangee de sequins sus-
pendus ä des chainettes de metal precieux dont quelques-unes, beaucoup plus longues