MAXIERES COLORANTES ARTIFICIELLES. 235
qui enseignent et cullivent la Science, conime a ceux qui veulent s’y initier.
Ces derniers s’y pressent en grand nombre. C’est une phalange compacte, et
les veterans qui ont acquis une instruction solide se repandent, chaque
annee, dans les rangs de la societe, les uns pour suivre la carriere de
l’enseignernent, le plus grand nombre pour se vouer aux arts industriels.
G est ainsi que les laboratoires sont a la fois des ecoles de baute Science
et des pepinieres d’hommes pratiques. Et qu’on ne croie pas que la distancc
soit si grande entre la theorie et l’application industrielle. Ce rapport au-
rait ete ücrit en vain, s’il n’avait mis en lumiere la baute inüuence de la
science pure sur les decouvertes de l’industrie. Si, par malheur, le foyer
scientilique devait s’alTaiblirou s’eteindre un jour, les arts pratiques seraient
voues a une decadence rapide. Ce sont donc des depenses productives que
celles qu’un pays consacre a la science et a l’instruction sup^rieure, et l’Al—
lemagne n’a pas tarde ä recueillir les fruits de sa prevoyance. II y a trente
ou quarante ans, l’industrie y etait apeine nee : eile y est puissante aujour-
d hui. Les diverses fabrications qui font l’objet de ce rapport nous en four-
nissent un exemple bien frappant, mais qui, heureusement pour notre pays,
ne se reproduit pas dans d’autres branches du travail national. D’apres
une evaluation approximative, mais qui ne parait pas s’eloigner beaucoup
de la verite, la valeur des matieres colorantes artificielles a alteint, l’annee
derniere :
En Allemagne (dont 15,000,000 fr. pour l’atizarine).. 3o,5oo,ooo fr.
En Suisse . 7,000,000
En Angleterre 9,000,000
En France 7,000,000
On le voit, l’industrie dont il s’agit, et qui est, entre toutes, une indus-
trie savante, a pris en Allemagne un plus grand developpement que par
tout ailleurs. Et pourtant on ne saurait meconnailre le nombre et la valeur
des decouvertes dont celte industrie est redevable a la France. La fuchsine,
le hleu de Lyon, le violet de Paris, le vert lumiere, la safranine, les
bleus de diphenylamine, sont des produits francais, mais qui n’ont pas
tarde, conime Font souvent lait les idees dirigeantes elles-memes, a s’ac-
climater ailleurs. Les norns de MM. Cb. Lauth, Gh. Girard, de Laire,
Coupier, ßardy, Dusart, Bechamp, qui sont venus si souvent sous notre
plurne, et, dans une sphere un peu differente, celui de l’eminent
M. Schützenberger, sont associes a de nombreux et beaux travaux, et si,
dans ces derniers temps, les decouvertes de l’alizarine artificielle et de
l’eosine ont place au premier rang, ;i cole de l’illustre M. Hofmann qui
y est depuis longtemps, d’honorables chimistes allemands, les savants de