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Full text : France - Commission supérieure: Rapports - Exposition Universelle de Vienne en 1873, Tome V

MONUMENTS  HISTORIQUES.  —  ANNEXES.

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De  Reims  je  suis  alle  a  Laon.  Lai  trouve  la  cathe'drale  bien  entretenue 1 ,  et
J’eglise  Saint-Martin,  qui,  quoique  moins  renommee  que  ia  catbddrale,  est
bien  aussi  interessante,  en  etat  de  parfaite  Conservation.  Mais  ie  conseil  municipal
  a  decide,je  ne  sais  pourquoi,  qu’on  demolirait  prochainement  une  grosse
tour  dont  j’ai  parle',  et  qui  faisait,  dit-on,  partie  des  anciennes  fortifications
du  temps  de  Louis  d’Outre-iner.  Cette  tour  est  au  milieu  de  ia  viile,  mais  ne
gene  pas  la  circulation;  et  je  ne  vois  pas  de  quoi  on  peut  l’accuser,  si  ce  n’est
peut-elre  d’interrompre  i’alignement.  J’espere  qu’on  reviendra  sur  ce  projet  de
demoiition.
C’est  encore  par  amour  pour  i’alignement  qu’a  Saint-Quentin  on  a  resoiu
d’abattre  la  faqade  de  l’bötel  deville.  Cette  fajade,  batie  en  i5oo  environ,  est
d’un  travaii  tres-deiicat;  ies  proportions  sont  ele'gantes,  et  dejoiis  details  de
scuipture  achevent  de  lui  donner  beaucoup  de  prix.  On  veut  la  de'molir,
parce  qu’elle  fait  saillie  de  quelques  pieds  sur  les  maisons  voisines;  et  notez
que  les  maisons  voisines,  et  toutes  celles  de  la  longue  rue  oii  se  trouve  placee
rette  facade,  sont  elles-memes  en  zigzag  et  sans  la  moindre  regularite.  On  ne
gagnerait  a  priver  la  viile  de  ce  joli  monument  que  le  plaisir  d’apercevoir  de
cent  pas  plus  loin  1c  portail  de  la  cathedrale,  chef-d’oeuvre  de  mauvais  goüt  et
de  lourdeur.  Assurement,  si  MM.  les  membres  du  conseil  des  batiments  civils,
qui  ont  approuve  le  plan  de  demoiition,  avaient  visite  les  lieux,  jamais  ils
n’auraient  donne'  leur  assentiment  a  pareille  barbarie.  J1  est  vrai  que  la  Conservation ­
  de  cette  facade  rendra  un  peu  plus  difficile  la  distribution  interieure
de  l’hotel  de  ville,  qui  doit,  pour  les  besoins  du  Service,  etre  agrandi  et  remis
a  neuf;  mais  je  crois  avoir  prouve  a  M.  le  maire  qu’avec  un  peu  d’adresse  rien
n’etait  plus  aise  que  de  lui  faire  des  bureaux  et  un  cabinet  commodes  et  bien

1  Le  hon  etat  d’entretien  de  l’eglise  Notre-Dame
  de  Laon,  Signale  par  M.  l’inspecleur
general  en  i83i,  n’elait  qu’apparent.  ün
exatnen  plus  complet  de  la  Situation  de  cet  edifice
  n’aurait  pas  manque  de  reveler  au  savant
archeologue  les  desordres  graves  qui  menapaient
  dejä  de  ruiner  l’admirable  edifice  dont
la  cliute  n’a  pu  etre  prevenue,  il  y  a  quelques ­
  annees,  qu’a  t’aide  de  sacrifices  considerables.

En  effet,  bätie  ä  une  epoque  oü  rarcliileclure
  gothique  ne  s’etait  pas  encore  perfectionnee
  par  l’expe'rience,  cette  eglise  offrait  quelques ­
  vices  de  construction  assez  graves,  surlout
dans  sa  farade.  Les  deux  tours  qui  flanquent
cette  fopade  ä  l’occident  reposaient  sur  des
bases  dont  la  resistance  paratt  avoir  ete  mal
calculee  des  l’origine.  Les  piliers  ä  l’enlree  de
la  nef,  et  qui  forment  un  des  quatre  points
d’appui  de  cliacune  des  tours,  menafaient  de
ceder  a  un  deversement  accompagne  de  l’ccrasemenl
  des  assises  inferienres.  Les  arcs  dependant

  de  ces  piliers  et  tes  contre-forts  des  lours
avaient  participe  ä  ce  mouvement,  qui  aurait
inevitablement  entraine  la  destruction  de  la
fafade  sans  un  elayement  provisoire  qui  fut
ordonne  vers  i8A5.  En  meme  temps,  le  Gouvernement ­
  faisait  poursuivre  les  etudes  necessaires
  pour  conscrver  ce  precieux  edifice,  qui
accusait  en  outre  des  degradations  imporlantes
dans  ses  autres  parties.  La  täche  etait  ardue,
et  longtemps  on  put  douter  de  ta  possibilite
de  reprendrecn  sous-ccuvre  des  piliers  cedant
sous  le  poids  d’enormes  constructions.  Un  devis
  general  de  la  construction  complete,  etudie
avec  le  plus  grand  soin,  evaluait  la  depense  a
2,005,926  francs.  La  reparation  de  la  fafade
entrait  dans  cette  evaluation  pour  606,000  fr.
C’est  celle  qu’on  dut  entreprendre  sans  aucun
retard.  Aujourd’hui  l’edifice  est  sauve;  cette
entreprise  perilleuse,  conduite  avec  hardiesse
par  un  habile  architecte,  a  completement
reussi,  et  les  travaux  sont  poursnivis  avec  aclivite.

            
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