228 EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE.
et il n’est pas rare, dans tel de nos cenlres manufacturiers ou dans cer-
tains quartiers des grandes vdles d’Amdrique, de trouver une quantit6 de
faniilles ou, sauf les premiers jours de l’achat, aucun vetcment n’est in-
tact et correct, exempt de toute dechirure et de tonte perte de bouton.
Ce qu’il y a de vraiment caracteristique et ce qui temoigne plus que
tout le reste en faveur du travail domestique, c’est que, pratique suivant
les coutumes de chaque pays, il n’empiete sur aucune autre occupation,
et que, suppnme par suite de la surabondance de la production manu-
facturiere, il laisse un vide dans l’existence feminine, sans qne ce vide
soil combl6 par rien. La femme qui abuse ainsi de la civilisation pour s’or-
ganiser une oisivete absolue, pour se dispenser de tout travail en meine
temps que de tout souci, retombe sur elle-nieme de tout son poids, et, bien
loin que son activite dispensee de tout elTort et de loute application ma
terielle se retourne du cöte des clioses de lesprit, eile devient, dans sa
langueur et son mdolence, incapable d’autre cliose i|ue des lievres de la
pensee et des surexcitations de l’imagination. Cet bumble et puissant travail
de l’industrie domestique, considere au noble point de vue de la deslin^e
bumaine, devient donc une diversion i[ui repose, un encouragement qui
soutient et eleve. C’est en meine temps un profil veritable pour une
nation; car, si l’on voulait faire la soinme du travail sur le globc terrestre
en y comprenant les resurrections du ravaudage, la puissance de lentre-
tien, les miracles de l’epargne, on se convaincrait bien vite que, malgre
la puissance prodigieuse des inacliines, l’efiicacild du travail domestique
surpasse de beaucoup les enormes resultats de la fabrication m6canique
et industrielle.
VII
La France, qui avait eu la premierc l’heureuse pensee de recompenser
l’humble merite du travail domestique, elait aussi en mesure de figurer
au premier rang lorsque ce groupe serait constitue dans les Expositions
universelles. Notre pays, en effet, par un heureux don de la Providence,
presente cette circonstance exceptionnelle de pouvoir unir a la multiplica-
tion des produits mecaniques les labeurs incessants de la vie domestique.
Chaque ddpartement, chaque province a son Industrie propre ettradition-
nelle, exerc^e au foyer hereditaire.
La Normandie compte pres de 60,000 fenimes qui font de la dentelle,
et il y en a plus de i5o,ooo reparties dans les Vosges, l’Auvergne et
le reste de la France.
La couturc des gants occupe dans l’Orne, la Mayenne et 1 Isere plus de
10,000 fennnes.