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Full text : Revue des deux mondes, 10: Rapports de la délégation ouvrière française à l'exposition de Vienne

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EES  ASPIRATIONS  DES  OUVRIERS.
d’eux,  le  delegub  des  fondeurs  en  caractäres,  va  jusqu’ä  dire  que
l’on  ne  devrait  admettre  comme  apprentis  que  les  fils  d’ouvriers  de
la  profession  et  non  ceux  des  hommes  declasses  de  tous  les  metiers.
La  plupart  toutefois  sont  plus  moderes,  ils  se  contentent  de  regretter
  que  les  travaux  des  charaps  soient  de  plus  en  plus  abandonnes
pour  ceux  des  villes  :  poetique  sentiment,  s’il  etait  absolument
spontane  et  s’il  n’etait  pas  inspirö  par  un  interöt  personnel.
Les  rapports  sont  plus  justes  et  plus  interessans  quand  ils  depeignent
  la  triste  condition  faite  ä  l’apprenti.  Generalement  il  n  y  a  pas
de  contrat  bcrit:  les  courses  en  ville,  le  nettoyage  de  1  atelier,  quelquefois
  les  Services  personnels  envers  le  patron,  prennent  la  plus
grande  partie  du  temps  de  l’enfant  ou  du  jeune  homme;  le  reste  n  est
pas  employe  d’une  maniäre  plus  fructueuse  pour  lui.Ses  occupations
sont  beaucoup  trop  specialisees  :  on  lui  donne  un  detail  ä  faire,  toujours
  le  roeme,  parce  qu’au  bout  de  peu  de  temps  il  arrive  ä  1  executer
  plus  facilement,  ce  qui  profite  au  patron;  s’il  est  apprenti
mecanicien  par  exemple,  on  lui  fait  polir  des  vis  ou  ebaucher  des
piöces,  rien  de  plus  pendant  des  annees.  Un  apprenti  en  optique,
d’apres  le  dblegue  des  opticiens,  n’aurait  ete  employe  pendant
quatre  ou  cinq  ans  qu’ä  faire  des  biseaux  soit  aux  verres  de  boussoles,
  Soit  ä  des  boutons  de  verre,  c’est-ä-dire  le  travail  d  un  ap
prenti  lapidaire,  et  il  ignorait  ce  qu’est  un  objectif.  Les  conseils  des
prud’hommes,  on  le  sait,  sont  charges  aujourd’hui  de  faire  respecter
  les  contrats  d’apprentissage  :  s’acquittent-ils  bien  de  cette  täche?
Le  delügue  des  marbriers  l’assure;  tous  les  autres  declarent  que
cette  surveillance  est  insuffisante;  si  un  apprenti  viole  son  contrat,
c’est-ä-dire  quitte  le  patron  avant  le  temps  determine,  il  est  condamne
  par  le  conseil;  mais,  si  un  patron  ne  remplit  pas  ses  obligations,
  c’est-ä-dire  s’il  n’a  donne  aucune  instruction  serieuse  ä  1’apprenti, ­
  comme  cette  violation  ne  se  manifeste  pas  par  un  fait  precis
et  determine,  eile  n’entraine  aucune  peine  et  aucune  mdemnite.  La
reforme  de  l’apprentissage  est  absolument  necessaire;  il  y  a  lä  plus
qu’un  interet  industriel,  il  y  a  un  interet  social.  Les  ouvriers  declarent ­
  qu’eux  seuls,  par  leurs  chambres  syndicales,  peuvent  accompbr
cette  reforme.  Ils  ont  dejä  commencö  :  dans  quelques  corporations,
ils  ont  fonde  soit  des  cours  professionnels,  soit  des  bureaux  de  placement,
  c’est  le  delegue  des  ouvriers  en  voitures  qui  nous  1  apprend.
  Les  chambres  syndicales  des  patrons  aussi  se  sont  occupees
de  la  meme  question.  Assurement  les  associations  ouvriöres  des  divers ­
  corps  d’etat,  si  elles  parvenaient  ä  s’organiser,pourraient  rendre
l’apprentissage  plus  fecond  et  plus  moral  ä  la  fois.
Il  semble  que  les  ouvriers  soient  enlin  penetres  de  la  doctrine  du
selfhelp,  aide-toi  toi-meme  :  ils  veulent  tout  faire  par  leurs  propres
            
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